échanges

bimestriel

Precedente ] Remonter ] Suivante ]

Vivre sa différence

Deux questions se posent d'emblée : Doit-il réellement y avoir une différence entre le chrétien et le monde dans lequel il doit bel et bien vivre ? Si oui, laquelle ?

Le chrétien reste un être humain. Il vit avec ses peines, ses joies, ses émotions, ses aspirations, ses souffrances aussi. Il a besoin d'être reconnu dans sa personnalité comme un individu à part entière. Chaque être humain cherche naturellement à atténuer la souffrance et à augmenter le plaisir. Ce fonctionnement "normal" le rend parfois vulnérable au péché, à l'orgueil, finalement peu utile pour Dieu. Comment éviter ces pièges ?

Nature de l'environnement

La société occidentale perd graduellement les repères que le christianisme lui avait apportés. Les valeurs chrétiennes sont abandonnées au profit d'un principe de tolérance. Malgré tout, soyons reconnaissants : le monde occidental tolère encore la foi chrétienne. Cette "liberté" nous permet d'annoncer ouvertement l'évangile, ce qui n'est malheureusement pas le cas dans beaucoup de pays.

Différence fondamentale

Le chrétien est différent. C'est un fait affirmé fortement par Jésus lui-même. Il n'est pas du monde, comme Jésus lui-même (Jean 17. 14-16). Cette différence est fondamentale ! Voici quelques passages clairs :

  1. "Ne vous conformez pas à ce siècle", c'est-à-dire ne vous coulez pas dans le moule de tout le monde, ne modelez pas votre vie sur les principes qui régissent le monde (Rom. 12. 2).
  2. "des enfants de Dieu irréprochables au milieu d'une génération perverse et corrompue" (Phil. 2. 15).
  3. "ils trouvent étrange que vous ne courriez pas avec eux dans le même bourbier de corruption" (1 Pi. 4. 1-4).

Mauvaises façons de vivre sa différence

Être différent est souvent insupportable ! Le cœur tortueux de l'homme (même du chrétien) a trouvé des parades, toutes plus mauvaises les unes que les autres, pour gommer la différence, ou au contraire, s'en prévaloir :

  1. Le caméléon, qui se fond dans son environnement. Exemples :
    • Joseph d'Arimathée. Il est disciple de Jésus, mais en secret, par peur des autorités religieuses (Jean 19. 38).
    • Pierre. Il suit le Seigneur, mais de loin (Luc 22. 54-60). Assis au milieu de ceux qui ont pris Jésus, il se fond aux autres par peur et fausse honte, ce qui le conduit à mentir et à renier Jésus.
     
  2. Le pharisien moraliste, qui se croit supérieur. Exemples :
    • Par orgueil, il rend grâces de ne pas être comme les autres hommes (Luc 18. 11).
    • Il porte le masque de l'hypocrisie que le Seigneur dénonce avec véhémence (Matt. 23. 27).
    • Moraliste, il juge la liberté d'autrui, il se pose en censeur de son prochain (Rom. 14. 4).
     
  3. Le pénitent, droit mais constamment affligé, oppressé. Il ne fait envie à personne.
     
  4. L'ermite, loin des hommes, mais est-il plus proche de Dieu ?
    • Se séparer totalement des hommes, c'est cacher la lumière (Matt. 5. 14-16).
    • Au contraire, le rôle du chrétien est d'être témoin de Christ, toujours et partout (Act. 1. 8).
     

Sept différences - privilèges - du chrétien

En tant que "sel de la terre" (Matt. 5. 13), le chrétien est différent du non-croyant. Ce qui l'en différencie ne doit pas conduire à un sentiment de supériorité ou à un complexe d'infériorité. Mais les différences sont "belles" ; ce sont des privilèges, n'en ayons pas honte !

  1. Pardon et amour inconditionnel envers tous
    • Comme enfant d'un Père parfait, le chrétien est amené à faire plus et mieux que les autres hommes (Matt. 6. 44-48).
    • A l'exemple de Jésus : "Pardonne-leur..." (Luc 23. 34), Etienne : "Ne leur impute point ce péché" (Act. 7. 60) et Paul : "Que cela ne leur soit pas imputé" (2 Tim. 4. 16), qui tous n'ont pas réclamé vengeance sur leurs adversaires, mais imploré le pardon de Dieu.
    • Un Afghan, musulman venu au Seigneur témoignait récemment : " La grande différence, c'est que le Dieu des chrétiens pardonne et les chrétiens aussi pardonnent ". Est-ce vraiment notre cas?
     
  2. Compassion, hospitalité
    • La différence est éclatante entre la "religion" et le geste du Samaritain qui voit, s'arrête et agit (Luc 10. 33).
    • L'hospitalité est-elle aussi spontanée chez nous qu'elle l'était chez ceux qui ont "logé des anges" (Héb. 13. 2) ? Recevoir nos amis et connaissances, c'est bien, mais la vraie hospitalité s'exerce envers les étrangers (1 Tim. 5. 10).
     
  3. Bonnes œuvres, générosité
    • Les bonnes œuvres sont "préparées à l'avance pour que nous marchions en elles" (Eph. 2. 10). Ne pas les accomplir devient de la désobéissance !
    • Les bonnes œuvres sont un témoignage rendu à la gloire de notre Père qui est dans les cieux (Matt. 5. 14). Elles doivent parler aux hommes.
    • Faire du bien à tous, mais en premier lieu à ceux qui appartiennent à la famille de Dieu ; être riche en bonnes œuvres, comme Dorcas dont l'assemblée ne pouvait pas se passer (Gal. 6. 10 ; 1 Tim. 6. 18 ; Act. 9. 36).
     
  4. Vie de famille et pureté personnelle
    • La déclaration du serviteur hébreu : "J'aime mon maître, ma femme et mes enfants, je ne veux pas sortir libre" est à l'opposé de la prétendue " liberté sexuelle " (Ex. 21. 5). Quel témoignage quand un croyant, avec tact, peut dire à quelqu'un qui le tente. " Non merci. Mais j'aime mon Dieu, ma femme, mes enfants. Je ne veux pas céder ". C'est peut-être plus difficile pour les jeunes qui sont seuls. Pourtant la pureté personnelle est une des grandes différences qu'il vaut la peine de conserver.
    • "Que le mariage soit tenu en honneur à tous égards, et le lit sans souillure ; mais Dieu jugera les fornicateurs et les adultères" (Héb. 13. 4). C'est Dieu qui a voulu la sexualité. Pour éviter de nous "brûler" (Prov. 6. 27-29), il en a fixé le cadre (le "lit", le "mariage" d'un homme et d'une femme). Rester dans ce cadre nous rend de plus en plus différents dans notre société. Mais soyons-en sûrs : il en vaut la peine !

    Les nombreuses plaisanteries au sujet de la sexualité est signe de la banalisation de ce que Dieu a établi comme de plus sacré. Voici une réflexion d'un croyant qui répondait à des moqueries sur le mariage pour la vie : " L'avantage du mariage pour la vie, c'est que si un jour on ne s'aime plus, on reste ensemble jusqu'à ce qu'on s'aime de nouveau ".
  5. Vérité et conscience professionnelle
    • "Que votre oui soit oui, et votre non, non" (Matt. 5. 37 ; Jac. 5. 12). L'inverse équivaut à un parjure, selon la parole du Seigneur (Matt. 5.33).
    • Dépouiller le mensonge et parler la vérité (Eph. 4. 25), c'est ôter un habit qui ne convient plus au rang ni à la fonction du chrétien, même si c'est à la mode du jour ! Dans la vie professionnelle, il peut arriver qu'on demande à un croyant d'agir de façon non véridique ; sa conscience le fera choisir sans compromis, bien qu'il doive être habituellement soumis à son employeur (Tite 2. 9 ; voir aussi Rom. 13. 1).
    • "Pas paresseux" aussi bien dans le service du Seigneur que dans l'activité professionnelle (Rom. 12. 1). Le défi est souvent grand pour les hommes actifs. Comment être généreux dans l'effort professionnel, présent dans sa propre famille et engagé dans le service du Seigneur et l'église locale ?
     
  6. Piété et service
    • A l'instar de l'athlète qui s'exerce chaque jour, le chrétien se nourrit de la Parole et s'adonne à la prière pour se maintenir en forme spirituellement (1 Tim. 4. 8).
    • Rendre grâces en toutes choses (1 Thes. 5. 18). Par exemple, un instant de recueillement avant un repas dans un restaurant est un témoignage qui peut faire comprendre à autrui à qui nous appartenons et à qui nous exprimons notre reconnaissance. Mais ce n'est pas chose facile...
    • Notre emploi du temps peut interpeller autrui, par exemple la fidélité à assister aux réunions chrétiennes, avec joie et non par contrainte, ou même la place réservée à un service pour Dieu (Héb. 10. 25 ; voir aussi 1 Pi. 3. 15).
     
  7. Foi et confiance
    • C'est surtout dans les difficultés qu'une foi forte est communicative. L'exemple de Paul dans la tempête est magnifique. Sa foi a été démontrée par les circonstances extrêmes (Act. 27. 22-26, 33-36).
    • Prisonnier à Rome, dans l'attente d'un procès, abandonné de tous, victime de la méchanceté des hommes, l'apôtre Paul peut dire : "Le Seigneur me délivrera de toute mauvaise œuvre" (2 Tim. 4. 17. 18). De nombreux martyrs dans toutes les époques ont fait la même expérience lors de procès qui leur ont été intentés.

Attitudes équilibrées qui rendent tout plus beau

  1. Rejet systématique ou choix réfléchi ?
    • Dans l'expression "Au dieu inconnu" gravée sur un autel païen, Paul a su lire chez les Athéniens la recherche du vrai Dieu (Act. 17. 23). Plusieurs missionnaires ont fait de semblables découvertes (voir le livre " L'enfant de paix " par Don Richardson).
    • L'exhortation "Eprouvez toutes choses ; retenez ce qui est bon" (1 Thes. 5. 21) n'autorise personne à s'occuper, par exemple, d'occultisme ou à visionner des films pornographiques pour "s'informer". Par contre, on peut trouver dans les arts, la littérature ou la recherche scientifique des choses qui peuvent servir à témoigner. Ne pas tout rejeter systématiquement donne plus de force à ce qu'on rejette réellement.
    • Les moyens techniques ne sont pas forcément mauvais en soi. Même si le Seigneur, par sa puissance miraculeuse, a permis à Pierre de faire une pêche abondante (Luc 5. 1-12), cela n'interdit pas l'amélioration de la technique aux pêcheurs d'hommes que nous devons être.
    • Les contraintes - "ne prends pas, ne goûte pas, ne touche pas !" - sont des adjonctions à l'évangile (Col. 2. 21-23). Non seulement elles sont inutiles, mais elles affaiblissent notre appréciation de la valeur pleinement suffisante de l'œuvre de Christ (Rom. 14. 1, 2 ; Gal. 4. 9-11) et elles discréditent l'évangile.
     
  2. Joie et conviction
    • Trois jeunes hébreux refusent d'adorer la statue de Nébucadnetsar. Ils prennent cette décision par fidélité à Dieu, convaincus que leur Dieu les délivrera (Dan. 3. 16-18). Ils iront jusqu'à la fournaise ardente en toute sérénité et seront miraculeusement préservés des effets du feu.
    • Etre estimé digne de souffrir pour le nom de Jésus est un sujet de joie (Act. 5. 41).
     
  3. Humilité et douceur
    • Daniel demande la permission de ne pas se souiller avec les aliments de la cour à Babylone (Dan. 1. 8). Quoique résolu de ne pas se rendre impur, Daniel n'impose rien : il fait simplement une demande. Son refus est pris en considération. C'est répondre "avec douceur et crainte" à quiconque demande raison de l'espérance qui est en nous(1 Pi. 3. 15, 16). Si notre conduite est bonne et notre conscience pure, comme celle Daniel et de ses amis, notre attitude suscitera de telles questions.
    • Si des personnes nous invitent à participer à de mauvaises activités, remplaçons un jugement de valeur - " ce n'est pas bien, c'est faux ! " - par une requête : " je préférerais ne pas venir à cette rencontre, je ne me sens pas libre de participer à cette activité, je ne suis pas attiré par ce genre de film, etc. ". C'est parfois l'occasion de rendre un plus beau témoignage, car ces personnes risquent de nous demander raison de notre attitude...
     

Conclusion :

  • Puisqu'au fond de notre cœur nous savons que le chemin que Dieu trace pour nous est le meilleur,
  • Puisque même s'il fallait souffrir nous en serons mille fois récompensés (et objectivement, osons-nous vraiment dire que nous souffrons pour le Seigneur?)
  • Puisque le Seigneur nous a laissé un si beau modèle et qu'Il est avec nous...
  • Nous traînerions-nous dans la boue du péché ? Ou gémirions-nous en enviant le monde ?
  • Levons plutôt la tête, appliquons-nous à "reluire comme des luminaires" (Phil. 2. 15), et soyons "prêts à répondre, mais avec douceur et crainte" (1 Pi. 3. 15) à ceux qui nous poseront des questions...

Thème développé à la rencontre REFLEX 2002 par Jean-Philippe Chavey en avril 2002

Precedente ] Remonter ] Suivante ]

échanges

© 1994-2004

contact